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Quelle est la place du piano dans le monde du jazz et comment a-t-il évolué à travers les époques ?

une piano

Le piano, un instrument emblématique du jazz

Depuis les débuts du jazz au début du XXe siècle, le piano a toujours été l’un des instruments phares de ce style musical. D’abord utilisé dans le ragtime et le boogie-woogie, il a ensuite évolué à travers les différentes époques et courants pour devenir une véritable figure incontournable du jazz. Dans cet article, nous allons explorer la place qu’occupe le piano dans le monde du jazz et son évolution à travers les âges.

Origines du piano dans le jazz

L’origine du piano dans le jazz remonte aux prémices du XXe siècle, avec les premières expérimentations autour de la musique afro-américaine aux États-Unis. Avant même que le terme « jazz » n’existe, les pianistes afro-américains utilisaient déjà le clavier pour improviser et jouer des mélodies rythmées et syncopées.

Ragtime et stride piano

Le premier courant qui a vu naître l’utilisation du piano dans le jazz est le ragtime. Ce genre musical, caractérisé par ses syncopes et son rythme très marqué, était servi par d’éminents pianistes comme Scott Joplin (« The Entertainer ») au début du XXe siècle. Le ragtime était joué généralement en solo et reposait sur une main gauche marquant le tempo et une main droite jouant la mélodie :

« Ragtime is syncopated music, meaning it’s got an element of surprise to it. » – Eubie Blake.

Un peu plus tard, le stride piano, également appelé Harlem stride ou simplement stride, a pris la relève en poussant encore plus loin les techniques pianistiques et les possibilités d’improvisation. Les pianistes de stride tels que James P. Johnson, Willie « The Lion » Smith et Fats Waller sont devenus des pionniers du jazz et ont permis l’émergence d’un style à part entière. Le stride reposait sur un jeu virtuose mettant en valeur deux lignes mélodiques indépendantes jouées par chacune des mains :

« Striding est arrivé lorsque les pianistes ont réalisé qu’ils avaient aussi une main droite. » – Duke Ellington.

L’apogée du piano dans le jazz : les années 1930-1950

piano

C’est pendant les décennies suivantes que le piano a consolidé sa place au sein des formations jazz et que certains des plus grands pianistes de l’histoire ont commencé à percer sur la scène internationale. Parmi eux figuraient Duke Ellington, Count Basie, Art Tatum, Thelonious Monk, Bud Powell, Oscar Peterson ou encore Erroll Garner. Ce furent les années d’or du piano dans le jazz.

Big bands swing et arrangements orchestral

Une grande partie de cette apogée s’explique par l’avènement des big bands swing, des groupes comprenant parfois jusqu’à vingt musiciens dirigés par un chef d’orchestre. Dans ces formations, le piano était employé pour marquer la pulsation rythmique et soutenir les solistes dans leurs improvisations, mais également en tant qu’instrument à part entière lors des passages où son expressivité naturelle était mise en valeur :

« Le pianiste de jazz est une espèce de dieu. » – Duke Ellington.

Bebop : révolutions artistiques et pianistiques

L’évolution du jazz pendant les années 1940 a également vu émerger le bebop, un courant qui bouleversa les codes établis avec des tempos extrêmement rapides, des thèmes complexes et des improvisations poussées à l’extrême. Les pianistes de bebop comme Thelonious Monk (« Round Midnight »), Bud Powell ou encore Al Haig ont développé des techniques d’improvisation et de phrasé très élaborées, permettant au piano de s’affirmer comme l’un des principaux véhicules d’expression au sein du jazz moderne :

« Le véritable Innovateur du Bebop est Thelonious Sphere Monk. » – Dizzy Gillespie.

Evolution ultérieure du piano dans le jazz : fusion et modernité

A partir des années 1960, d’autres genres ont commencé à influencer le jazz : rock, musique classique, musiques latines, électronique… Autant de mouvements qui ont donné naissance au jazz fusion. Par exemple, les pianistes Bill Evans ou Chick Corea ont joué un rôle crucial dans la création d’un style de jazz influencé par la musique classique européenne, tandis que Herbie Hancock ou Joe Zawinul ont été les pionniers du jazz électrique et utilisé des claviers synthétiseurs.

Free jazz : l’expérimentation sans limites du piano

Un autre courant important dans cette période est le free jazz, qui a rejeté les conventions harmoniques et rythmiques traditionnelles pour offrir une liberté totale d’improvisation aux musiciens. Dans ce contexte, des pianistes comme Cecil Taylor ou Paul Bley ont révolutionné la manière de jouer du piano en intégrant des techniques très avant-gardistes et audacieuses :

« You don’t have to write all your chords / To intuit how they feel. » – Cecil Taylor.

Depuis, le piano continue à évoluer dans un univers musical en constante mutation, tout en conservant sa place incontournable au cœur du jazz. Qu’il s’agisse de pianistes « puristes » tels que Keith Jarrett, Brad Mehldau ou Fred Hersch, ou de ceux qui intègrent des influences plus modernes comme Robert Glasper, Vijay Iyer ou Baptiste Trotignon, le piano n’a cessé de se renouveler pour accompagner l’épopée musicale du jazz à travers les âges.